À l’honneur
Secrétaires généraux de mairie : au service du public et des Élus
Ces 23 000 agents publics constituent une catégorie de personnel à part dans la fonction publique territoriale. Véritables chevilles ouvrières de la vie des petites communes, les Secrétaires Généraux de Mairie, majoritairement des femmes, ont vu leur compétence reconnue par la loi de 2023. Toutefois, rien n’a changé dans leur quotidien et leur association nationale revendique toujours une meilleure valorisation de leurs missions.
Sortir les urnes et les isoloirs, s’assurer de l’arrivée du matériel de vote en quantité suffisante, vérifier le code électoral au regard du type d’élection et expliquer aux Élus les éventuels changements. A chaque rendez-vous électoral, dans les communes de moins de 2000 habitants, toute cette organisation minutieuse et indispensable à l’exercice de la démocratie repose le plus souvent sur une seule personne : la secrétaire générale de mairie. Qui est, à juste titre, perçue par les habitants comme la ressource essentielle pour tout le quotidien : lors de la coupe du Monde, c’est vers nous que se sont tourné les riverains agacés par les bruits des jeunes supporteurs
raconte ainsi Emilie Véron, présidente de l’Association nationale des secrétaires généraux de mairie créée en 2025. Il m’arrive aussi de courir après les animaux échappés qui pourraient déambuler sur les voies communales ou de sécuriser les interventions de l’agent public
. C’est pourquoi le maître mot pour ces agents est poly-compétence. Une spécificité de la fonction qui s’explique aisément : 72% des secrétaires généraux de mairie exercent dans une commune de moins de
1000 habitants où, très souvent, ils sont le seul agent public(1).
Un quotidien chargé pour les SGM
- enregistrement et tenue des actes d’état civil, organisation des mariages et gestion funéraire
- élaboration et exécution du budget,
- instruction des dossiers d’urbanisme et appui à l’élaboration des PLU
- rédaction des actes administratifs, des comptes-rendus de conseil municipal, des arrêtés municipaux
- aide sociale et accueil du public.
En plus de ses tâches, le secrétaire général de mairie constitue une sorte de binôme avec le maire, auquel il apporte ses connaissances juridiques ou réglementaires. L’élu, surtout s’il est nouveau, ne connaît pas toute la loi, c’est notre rôle de le renseigner ou d’aller chercher l’information pour lui
, précise Emilie Véron. Par conséquent, il n’y a pas de journée type pour ses agents et chacun doit trouver la bonne organisation pour tout faire dans une journée : une autonomie appréciée mais parfois pesante même si il est toujours possible de faire appel au centre de gestion départemental pour des conseils.
La loi de 2023 reconnaît la singularité de la fonction
A horizon 2030, 30% des secrétaires généraux de mairie partiront à la retraite. D’ores et déjà, les édiles éprouvent beaucoup de difficultés à recruter sur ces missions souvent à temps partiel (62% des postes). Ce constat, plusieurs rapports l’ont établi et notamment en 2021, celui de l’Association des maires de France qui préconisait de donner plus d’attractivité à ce métier. Après plusieurs essais, la loi votée le 30 décembre 2023 donne une définition précise et revalorise le statut du métier.
Pour nous, la réforme n’est pas aboutie, elle ne prend pas en compte la responsabilité énorme qui est la nôtre, il faut aller plus loin
estime toutefois Émilie Véron. Au centre des revendications, la révision des grilles de salaire en particulier afin de sécuriser les futures retraites de ces agents. Le renforcement de la formation initiale est également attendu : 2 ans avec de l’alternance pour vraiment comprendre toutes les subtilités du métier.
Lors de son premier congrès, en parallèle du Salon des Maires, l’association nationale des secrétaires généraux de mairie a pu faire entendre sa voix et, depuis, poursuit ses rendez-vous avec les parlementaires notamment avec les sénateurs. Pour être secrétaire général de mairie, il faut aimer les gens, aimer la polyvalence et être à l’écoute, c’est un état d’esprit singulier
conclut la présidente.
Loi de 2023 : nouveau statut au 1er janvier 2028
La loi du 30 décembre 2023 modifie le cadre d’emploi et prévoit
- une nouvelle nomination : secrétaire général de Mairie
- une classification en cadre d’emplois A ou B selon la taille de la collectivité
- une promotion formation et une formation qualifiante
- un avancement sur ancienneté
- des bonifications
Complétée par quatre décrets, la loi s’appliquera définitivement au 1er janvier 2028. Les agents déjà en place peuvent d’ici le 31 décembre 2027 bénéficier, sous conditions, de leur classement en cadre d’emploi B avant cette date.
Portrait #1
Agnès Guigue
Après un BTS, j’ai été assistante RH dans une fédération d’aide à domicile. Élue municipale en 2014, j’ai beaucoup côtoyé la secrétaire de mairie, ce qui m’a donné envie de changer de voie et j’ai franchi le pas en 2016 en postulant dans une commune proche de mon domicile. Depuis 2018, j’exerce dans deux communes de 250 habitants où je me rends chaque jour. De nature curieuse, j’ai appris mon métier au fil de l’eau grâce à mes bonnes bases juridiques et administratives, avec le soutien de collègues. Ce que j’aime c’est qu’il n’y a jamais de journées types car nous gérons constamment des demandes de la part des administrés ou des élus. In fine, mon rôle consiste à être le chef d’orchestre de la commune, celui qui organise le quotidien et trouve des solutions aux problèmes. C’est cette polyvalence que je cherchais et qui est la chose que je préfère dans mon métier. Même s’il faut être prête à réagir le week-end ou pendant les vacances, que la charge mentale quotidienne reste élevée (et encore plus lors des budgets) et que notre rémunération n’est pas à la hauteur. Pour autant, c’est un métier passion que j’ai envie de continuer.
« C’est un métier passion que j’ai envie de continuer. »
Secrétaire Générale de mairie à Juif et La Frette (Saône-et-Loire)
Portrait #2
Frédy Piton
Mon arrière-grand-père était maire, mon grand-père et mon père, premiers adjoints et ma tante, secrétaire de mairie : le service au public était dans la famille ! Après un BTS comptabilité gestion et quelques années d’activités, j’ai fait la formation pour devenir secrétaire de mairie en 2004. Cela a été comme une évidence pour moi qui aime la relation avec le public. Après deux années de remplacement, je suis entré à la mairie de Médis comme responsable finance et élection puis à celle de Montendre où j’ai occupé différents postes. J’ai enfin repris une fonction de secrétaire général en 2022 et depuis juillet 2026, j’exerce dans une mairie et un SIVOM. A ces postes, je trouve toute la polyvalence que j’adore. En particulier dans la petite ville de 350 habitants où je fais tout ce qui est en relation avec les administrés : état civil, budget, urbanisme, etc. J’appuie aussi les Élus pour la gestion du conseil municipal ou la rédaction des discours. Comme j’aime la technologie, j’ai mis en place le site internet et l’application PanneauPocket. Et, en parallèle, je suis engagé dans l’association nationale des secrétaires généraux de mairie avec pour objectif que cette belle profession soit mieux valorisée.
« Je trouve toute la polyvalence que j’adore. »
Secrétaire général de la mairie de Fléac-sur-Seugne et du SIVOM du Trèfle et du Médoc
(1) Plaquette « L’évolution des secrétaires généraux de mairie » - novembre 2024 – Fédération nationale des centres de gestion de la fonction publique territoriale