Cet article provient du magazine Préfon.info #68, le consulter.

Décryptage

La finance durable : mots clés pour mieux comprendre ce qu’elle est, ce qu’elle nous dit.

L’engagement de Préfon en faveur de la finance durable est historique et précurseur sur les sujets d’investissements responsables en France. Pour l’Association, elle s’inscrit dans son objet social, dans ses valeurs, et elle ne se limite pas à une intention.

Dès 2021, Préfon a ainsi créé une charte d’Investissement socialement responsable (ISR) qui a été modernisée en janvier 2026.

Donner du sens à la finance, la rendre plus transparente dans une vision de long terme : tels sont les objectifs majeurs de la finance durable qui s’est développée depuis la crise financière de 2008 et occupe désormais une place importante dans les choix d’épargne.

Les mots clés de la finance durable

A

Indépendante, son rôle consiste à évaluer la performance extra-financière des Etats, des banques et des entreprises aux niveaux de l’environnement (l’impact écologique avec l’empreinte carbone, la gestion des déchets), de l’engagement social et des règles de gouvernance (ESG). Une notation extra financière peut être effectuée à la demande d’investisseurs qui souhaitent connaître la responsabilité sociale d’une entreprise avant de l’intégrer dans leur portefeuille.

Parmi les agences de notation extra-financières les plus importantes, citons MSCI ESG Ratings, Standard & Poor’s, LSEG, Ethifinance (spécialisée dans les PME).

B

En France, c’est l’approche d’investissement socialement responsable historiquement la plus répandue. Il s’agit d’une démarche positive de sélection des entreprises, qui privilégie celles qui affichent les meilleures notes d’un point de vue extra-financier (ESG), en appliquant les mêmes critères d’analyse au sein de chaque secteur d’activité. Le Best in class se distingue d’une logique d’exclusion de certaines entreprises ou de certains secteurs d’activités (chimie, pétrole…) considérés néfastes pour le développement durable.

Cette approche sélectionne les entreprises les mieux notées d’un point de vue extra-financier indépendamment du secteur d’activité. Dans ce cadre, certains critères sociaux, environnementaux et de gouvernance peuvent pénaliser des secteurs plus que d’autres (ceux considérés comme les moins vertueux), et conduire à les exclure de fait.

" Le tissu vivant de notre planète ". Elle recouvre l’ensemble des milieux naturels et des formes de vie ; elle désigne le caractère multiple des espèces vivantes dans les écosystèmes, depuis les gènes et les bactéries jusqu’aux écosystèmes entiers (océans, prairies, forêts). L’approche financière de ces enjeux est souvent fondée sur la disparition des services rendus par les écosystèmes aux activités économiques. En France, les investisseurs (sociétés et institutions financières) doivent obligatoirement publier des informations sur leur empreinte biodiversité (cf. article 29 de la loi " énergie et climat ").
En mai 2020, CDC Biodiversité et le Club B4B+ ont lancé un outil de mesures, le Global Biodiversity Score (GBS). Objectif : permettre aux sociétés et aux institutions financières de quantifier l’impact de leurs activités et chaînes de valeur sur la biodiversité.

D

Désignation courante du règlement européen (entré en vigueur en mars 2021) qui prévoit la publication d’informations transparentes sur la durabilité et l’intégration des critères ESG par les acteurs des marchés financiers pour lutter contre l’écoblanchiment.

Élément de traduction officielle de Sustainable Finance Disclosure (publication d’informations en matière de durabilité dans le secteur financier). Cette notion est issue de celle de " développement durable " (rapport Brundtland, 1987) au sens large pour désigner la conduite d’activités économiques préservant l’environnement.

Elle repose sur trois piliers : l’environnement, l’économie et la société ; l’utilisation respectueuse des ressources, telles que les matières premières ou l’énergie ; le travail humain.

Toutsurlepargnedurable.fr

Un site pédagogique pour tout comprendre sur la finance durable et les enjeux de la finance responsable

E

Indicateur qui mesure la quantité totale de gaz à effet de serre (comme le méthane ou le protoxyde d’azote) émise par le financement d’activités économiques. Plusieurs méthodes permettent de rendre compte de la contribution des entreprises détenues à l’empreinte carbone du portefeuille, en fonction de leur chiffre d’affaires ou des montants investis (nouvel indicateur partagé avec les assureurs). Le calcul s’appuie sur le bilan carbone, le Bilan des Emissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) ou l’audit énergétique. Cela permet de renforcer la démarche RSE, de réduire les coûts énergétiques et d’améliorer l’attractivité auprès des clients et des investisseurs.

Cette démarche comprend un dialogue direct avec un émetteur ainsi qu’un suivi sur le long terme. L’investisseur mène une action pour influencer la stratégie, la gouvernance ou les pratiques extra-financières (ESG) des entreprises dans lesquels il détient des parts. Il exige, individuellement ou dans le cadre d’une coalition, qu’elles les améliorent dans la durée. Si le dialogue s’avère infructueux, l’investisseur peut alors utiliser plusieurs leviers de pression : exercice des droits d’actionnaires (vote et questions en assemblée générale, refus des résolutions proposées, soutien ou dépôt de résolutions externes), communication publique sur l’avancement du processus d’engagement, gel voire désinvestissement de son engagement.

Cette stratégie d’investissement socialement responsable est répandue dans les pays d’Europe du Nord. Son but est de protéger la réputation des investisseurs en tenant compte des controverses affectant les émetteurs de façon continue, et d’influencer les pratiques des entreprises exclues pour qu’elles puissent à nouveau faire partie des portefeuilles ISR. Afin d’atteindre une meilleure objectivité, le choix d’exclusion repose sur les normes internationales notamment des principes du Pacte mondial des Nations unies (Déclaration universelle des droits de l’homme ; déclaration de l’Organisation internationale du travail (OIT) concernant les principes et les droits fondamentaux au travail ; déclaration de Rio sur l’environnement) et non plus sur les convictions de l’investisseur.

Première forme historique d’ISR (exclusion des « industries du péché » des investissements communautaires des Quakers au 17ème siècle – Pax Fund lancé en 1971 par deux des pasteurs méthodistes bannissant l’armement et les titres d’Afrique du Sud sous l’apartheid). Répandue aux Etats-Unis et dans les pays anglo-saxons, cette stratégie vise les entreprises ou les secteurs d’activités (alcool, tabac, jeux d’argent, pornographie) qui ont un comportement incompatible avec les critères éthiques, environnementaux ou sociaux. Notons que si les exclusions ne sont pas combinées à d’autres approches systématiques - du type sélection ESG, exclusions normatives ou engagement actionnarial -, l’absence d’analyse sur leurs pratiques ESG rend cette démarche difficilement assimilable à de l’ISR stricto sensu.

F

Désignant " l’ensemble des pratiques financières visant à favoriser l’intérêt de la collectivité sur le long terme " (Banque de France), la finance durable recouvre trois concepts : la finance solidaire, la finance socialement responsable, la finance verte.

Ne pas confondre avec l’Investissement socialement responsable (ISR). De manière générique, la finance solidaire peut désigner le financement d’activités dans le secteur de l’économie sociale et solidaire, voire hors des circuits financiers classiques, pour l’insertion dans l’emploi, le logement, la solidarité internationale, etc. Au sens des produits financiers solidaires, elle désigne des fonds composés d’actifs généralistes (pour 90% à 95% des encours) et d’une part de financements d’entreprises solidaires (pour 5% à 10%). Pour cette fraction, le fonds renonce au rendement.

Retour sur l’émission ESS ON AIR

Retour sur la genèse du site et l'engagement historique de Préfon en faveur de l'investissement responsable.

I

Définition exigeante de l’investissement à impact qui associe gérants et investisseurs du coté et du non coté, et qui connaît un fort développement. Il est déterminé par trois critères (selon France Invest et le FIR) : l’intention sociale ou environnementale, la mesure des effets et la vérification de leur caractère additionnel. Cela passe par l’intégration dans l’objet social ou la stratégie d’entreprise d’une problématique environnementale ou sociale (exemple de l’entreprise à mission) ; par le développement d’une méthode de suivi dans le temps, permettant d’éventuels réajustements ; par le lien entre la décision de financement et les résultats sociaux ou environnementaux.

0

Objectifs de développement durable des Nations unies définis et adoptés en septembre 2015 dans le cadre de l’Agenda 2030. Ce plan d’action mondial vise à « éliminer la pauvreté, protéger la planète et améliorer le quotidien de toutes les personnes partout dans le monde, tout en leur ouvrant des perspectives ». Au nombre de 17 priorités, les ODD sont subdivisés en 244 indicateurs de suivi chiffrés, déclinés pour chaque pays. Sont concernés, les Etats, les entreprises, les investisseurs, les ONG, les citoyens, les collectivités locales, les acteurs politiques, économiques, académiques. Ce cadre est souvent mobilisé par les acteurs financiers pour l’évaluation de l’impact social et environnemental des émetteurs.

Titre obligataire dont le produit net de l’émission est exclusivement utilisé pour des opérations de financement ou de refinancement de projets à dimension environnementale et sociale.

Titre obligataire émis pour financer des projets engendrant un impact social positif, sans exclusive d’un impact environnemental positif (résultat des activités financées, évolution d’une grandeur sociale clef). Selon l’International Capital Market Association (ICMA), qui a défini les Principes pour les obligations vertes et les Principes pour les obligations sociales, cet impact doit cibler des populations spécifiques.

Titre obligataire émis pour financer des projets engendrant un impact environnemental positif, sans exclusive d’un impact social positif.

P

Indicateurs de suivi de la prise en compte des effets des décisions d’investissement ou financières sur la durabilité (environnement, social, droits Humains, gouvernance) dans le cadre de la réglementation européenne SFDR. Chaque année, les acteurs financiers doivent établir une déclaration sur la manière dont les PAI sont pris en compte. Il s’agit d’une obligation dans le cadre du reporting SFDR pour tous les acteurs financiers de plus de 500 employés et pour ceux des sociétés mères d’un grand groupe de plus de 500 employés. Pour les autres, les PAI sont optionnels selon le principe du " Comply or explain ".

Quel avenir pour les obligations vertes et sociales ?

Making-of du déjeuner-débat du 16 juin dernier

S

Disposition réglementaire ou pratique prévoyant la consultation régulière de l’assemblée générale d’actionnaires d’une entreprise cotée en bourse sur sa stratégie climatique et sa mise en œuvre. Si elle permet d’instaurer un dialogue actionnarial, les avis rendus sont dépourvus de caractère contraignant.

Disposition réglementaire ou pratique qui prévoit la consultation régulière de l’assemblée générale d’actionnaires d’une entreprise cotée en bourse sur la rémunération de ses principaux dirigeants. Objectifs : renforcer la transparence et réduire les excès en matière de rémunérations, aligner les intérêts des dirigeants et des actionnaires. Mais le SoP a un impact limité sur les rémunérations effectives des dirigeants. La Commission européenne travaille sur la mise en place de directives plus contraignantes. En France, un Say on Pay consultatif est devenu obligatoire en 2016 (loi « Sapin 2 »). Elle privilégie les démarches volontaires à travers le code éthique de gouvernance sur la base de « Comply or explain » défini conjointement par l’AFEP et le Medef.

Règlement européen sur la publication d’information en matière de durabilité dans le secteur financier).

Entré en application le 10 mars 2021, ce règlement s’applique à l’ensemble des produits financiers proposés aux investisseurs par les acteurs du secteur financier opérant dans l’Union européenne.
Pour lutter contre le « green washing » et orienter les investissements vers des activités durables, il prévoit notamment l’auto-classification des processus de gestion et des produits financiers en trois catégories :

  • Article 6 : il concerne les fonds qui n’intègrent pas explicitement les critères ESG dans leur stratégie d’investissement ;
  • Article 8 : il s’applique aux fonds qualifiés de « light green » qui promeuvent des objectifs environnementaux et sociaux. Mais ces fonds n’ont pas d’objectifs ESG ni d’objectifs fondamentaux comme l’exige l’article 9 ;
  • Article 9 : le plus vertueux. Il désigne les produits ayant un objectif d’investissement durable, quantifiable et évalué, dans une activité économique.

À noter que la SFDR ne fonctionne pas isolément. Elle s’imbrique dans l’architecture plus large de la finance durable européenne : taxonomie, CSDR (Règlement sur les dépositaires centraux de titres, CSDDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive / Devoir de vigilance sur la chaine de valeurs).

Des évolutions en cours :

  • En 2022, la Commission européenne a adopté de nouvelles normes techniques de réglementation qui spécifient les dispositions SFDR. Il s’agit d’évaluer les préférences des clients en matière de durabilité selon trois axes : la proportion d’investissements dans les activités durables selon la taxonomie ; la proportion d’investissements durables selon la SFDR ; la prise en compte des principales incidences négatives (PAI).
  • Fin 2025, la Commission européenne a lancé une révision majeure du règlement, intitulée SFDR 2.0. L’objectif est à la fois de rendre une architecture de catégorisation plus explicite et plus lisible, en remplaçant les catégories 6-8 et 9, et d’intégrer officiellement l’investissement à impact. Sont ainsi annoncées :

    • Une catégorie « Transition » qui s’adresse aux produits qui ne sont pas encore durables, mais qui contribuent à une transition crédible vers des objectifs environnementaux et/ou sociaux ;
    • Une catégorie « ESG basics » décrite à l’article 8 :
    • Une catégorie « Durable » décrite à l’article 9.

La réforme prévoit également une simplification des publications au niveau des entités, telle que la suppression des exigences relatives aux PAI, afin d’éviter des redondances avec le reporting CSDR. Toutefois, tout un processus législatif européen est nécessaire (autrement dit des négociations avec le Parlement et le Conseil) pour que cette dite réforme voit le jour.

T

Outil essentiel de la finance durable. Il s’agit d’une réglementation européenne visant à définir les activités économiques durables. Ainsi, elle désigne dans près de 70 secteurs des activités bas-carbone (neutres en 2050), des activités qui peuvent être compatibles en réduisant leurs émissions de CO2 et des activités aidant les deux précédentes à atteindre leurs objectifs.
Cette " taxonomie verte " doit être compléter d’une " taxonomie sociale " en orientant les investissements vers le travail décent (salaires équitables, droits Humains, sécurité), le bien-être et la qualité de vie des clients et des utilisateurs, l’inclusion et les communautés durables.
Notons que dans la cadre SFDR, les acteurs financiers doivent publier la part de leurs investissements compatibles avec la " taxonomie verte ".

Concept porté par la Confédération syndicale internationale (ITUC) depuis 2009. La mise en place d’une transition écologique ne doit pas s’effectuer au détriment de la justice sociale. Personne ne doit être laissée pour compte ou marginalisée.
Une transition juste signifie concilier emploi et environnement, justice et équitabilité dans l’action climatique et le processus de la transition énergétique.

Réécoutez notre série de podcasts

Pour comprendre comment des événements majeurs ont permis à la finance durable de se façonner, écoutez Grégory Schneider-Maunoury, analyste ISR ESG depuis 25 ans, professeur associé de finance durable à l’Université Sorbonne Paris Nord et fondateur-dirigeant de la société Défis Impact et Michel Argiewicz, secrétaire général de l’Association Préfon et responsable de la Commission ISR.

Épisode 1/3 :

Un peu d’histoire : les dates clés de la finance durable

1997 – Les premiers pas

Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) lance son initiative financière pour aider à réduire l’impact négatif du secteur financier sur l’environnement.

La filiale commune de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et de la Caisse d’Épargne met au point un système de notation allant de – à ++ sur la base de cinq critères sélectifs.

2010 – L’obligation de transparence

La loi Grenelle 2 du 12 juillet 2010 contraint les sociétés de gestion à publier les informations sur la façon dont elles intègrent les critères ESG dans leur politique d’investissement.

2015 – L’exigence climatique

La loi du 17 août 2015 sur la transition énergétique étend aux investisseurs institutionnels l’obligation de communiquer sur les risques climatique et environnemental de leurs portefeuilles, et de définir leur stratégie « bas carbone ».

2016 – La naissance des labels

Le 8 janvier 2016, création d’un label public ISR et lancement d’un label vert TEE pour le climat.

2018 – L’élan européen

Le 8 mars 2018, la Commission européenne présente son plan d’action pour la finance durable. En France, le projet de loi Pacte introduit un statut juridique de RSE des entreprises.