Cet article provient du magazine Préfon.info #67, le consulter.

À l’honneur

Faire vivre et préserver le patrimoine forestier

C’est la mission de l’Office National des Forêts (ONF) qui célèbre cette année son soixantième anniversaire.

Créé en 1966, l’Office national des forêts est le gestionnaire de la forêt publique, propriété de l’État ou des collectivités ; il s’inscrit dans une tradition millénaire de préservation et d’entretien de la forêt française. Les personnels de l’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), pour moitié fonctionnaires, pour moitié agents de droit privé, sont des experts du vivant, au service d’une gestion durable, garante de la transmission des forêts aux générations futures.

Vidéo

Philippe Soubirous, Président de la Préfon

Gérer la forêt de façon durable

 Le temps du forestier est le temps long  constate Nicolas Karr, directeur territorial Auvergne Rhône Alpes (AURA). C’est là que réside toute la complexité de l’activité de l’ONF : sa première mission est de faire vivre un patrimoine né avant lui afin d’assurer sa pérennité pour les générations futures. Les décisions prises aujourd’hui le sont pour les cent ou les deux cents ans à venir.

Au cœur de la forêt, l’acteur de cette mission est le technicien forestier. Il gère son triage(1) dans une logique multifonctionnelle. En application d’un plan de gestion durable, élaboré par l’ONF et validé par l’Etat, il programme les travaux de renouvellement, surveille les risques d’incendie ou de dépérissement et organise les coupes. La coupe de bois est une étape de la gestion sylvicole, une condition du renouvellement de la forêt.

Couper les bois les plus âgés, ou retirer certains arbres permet de donner plus de lumière, d’eau et de nutriments, à ceux qui restent en place. Le bois récolté participe aussi à l’approvisionnement de la filière bois, à l’emploi non délocalisable et à l’économie locale ; il concourt à la décarbonation de l’économie, se substituant aux matériaux ou énergies d’origine fossile.

Au quotidien, le technicien forestier doit constamment s’adapter à la réalité de cette matière vivante, quitte  à se faire des nœuds au cerveau  dixit Alexandre Butin, responsable adjoint d’unité territoriale. Pour prendre en compte toutes les dimensions de la forêt – gestion et protection des espèces, de la biodiversité, production de bois, sécurisation pour les visiteurs, surveillance contre les incendies, etc. -  chaque forestier doit régulièrement prendre, des décisions sur son secteur. 

Préserver la biodiversité

Préserver cet écosystème constitue la deuxième mission de l’ONF.

Depuis plus de 20 ans, les réseaux naturalistes documentent les situations des différentes espèces de flore comme de faune. Alexandre Butin, par exemple, travaille sur une mission d’inventaire des chauves-souris :  c’est une espèce parapluie dont les évolutions donnent des indices sur l’écosystème. 

Les données récoltées viennent nourrir les bases de l’ONF mais aussi du système d’information de l’inventaire du patrimoine naturel. Elles sont utilisées par les forestiers pour l’élaboration et la mise en œuvre des plans nationaux de protection de la biodiversité.  Si on sait qu’il y a une espèce à valeur patrimoniale à protéger dans une zone, on va le faire à la manière de planifier et de mettre en œuvre nos actions  explicite Régine Touffait. De la même manière, les données d’observation de la végétation servent à réguler les cervidés, qui  désormais trop nombreux, mangent les jeunes chênes .

Domaine de prédilection de Noémie Pousse, chargée de R&D,  le sol forestier est un capital précieux, tout autant que fragile. Indispensable à la forêt, il lui permet de se nourrir sans l’homme. Il abrite une multitude d’organismes vivants et stocke le carbone. Mais il est également sensible à la sécheresse, à l’érosion et au tassement. L’enjeu est de préserver ce capital. Cela passe par de la pédagogie notamment avec les acteurs de l’exploitation , explique celle qui échange aussi bien avec des gestionnaires que des scientifiques.

« La forêt, c’est aussi des plantes, des oiseaux, des insectes, des amphibiens, des champignons, des mammifères, un cortège d’espèces différentes qui trouvent dans nos forêts publiques les habitats naturels nécessaires tout au long de leur cycle de vie. »

Le dialogue avec le public et la société

Du chercheur au citoyen, l’ONF est en contact permanent avec l’ensemble des acteurs de la société. Ce dialogue Forêt Société est mené à tous les niveaux. Les techniciens forestiers échangent régulièrement avec les élus locaux, les sociétés de chasse, les associations de défense de l’environnement. Les responsables et directeurs territoriaux travaillent avec les préfectures et les collectivités. Surtout, au quotidien, les forestiers sont au service du public. Leur objectif est que chaque personne se promenant en forêt le fasse en toute sécurité tout en apprenant à mieux connaître cet espace naturel et les enjeux de sa préservation.

Un enjeu clé : le changement climatique

Cette dimension irrigue désormais toute la gestion de la forêt publique ; elle demande de modifier en profondeur les méthodes de connaissance et de gestion de la forêt pour passer d’un modèle stable dans le temps, à un contexte d’évolutions rapides, nécessitant une capacité d’adaptation rapide.

 Un forestier dans le Bugey regarde si, dans son triage il n’y aurait pas un endroit où planter autre chose qu’un épicéa qui souffre des  à-coups  climatiques,  témoigne Nicolas Karr. Un peu plus de hêtre ou bien un pin issu d’une zone plus chaude : le choix est crucial car la nouvelle plantation arrivera à maturité dans 80 ou 100 ans.

En Nouvelle Aquitaine par exemple, une forêt  mélangée  de 5 hectares s’est substituée à la monoculture de pin. L’objectif est de favoriser la résilience du pin maritime en pariant sur le fait que les espèces  s’entraident  face au changement climatique.

« Nous estimons qu’avec un réchauffement de plus de 4 degrés, la moitié de nos forêts serait en inconfort climatique. Face au changement climatique, l’enjeu principal pour l’ONF est d’accompagner l’adaptation des forêts pour assurer leur renouvellement, préserver la biodiversité forestière, et participer à l’atténuation du changement climatique au travers du stockage de carbone en forêt et dans le bois. Ce faisant, l’ONF doit également veiller à ce que la forêt continue de remplir ses différentes fonctions sociales, économiques et environnementales. »

De la graine à la plante :
structurer une filière essentielle

La forêt de demain débute par la graine. C’est pourquoi l’ONF réalise des récoltes dans des peuplements classés et préservés. Celles-ci sont ensuite traitées à la Sécherie de la Joux. A celles-ci s’ajoutent des achats de graines d’espèces étrangères. L’objectif est pour l’ONF d’avoir à sa disposition de quoi ensemencer la forêt tout en tenant compte des aléas du changement climatique. Une partie de ces graines va alimenter la pépinière des Essart, pépinière de production de l’ONF. Entre 500 000 et 1 million de plants grandissent ici pour être ensuite replantés dans les forêts de l’hexagone. Avec ce double dispositif, l’ONF a structuré sa propre filière  graines et plants  pour faire face aux besoins futurs. En parallèle, est en cours la création d’un Conservatoire des ressources génétiques forestières méridionales afin de préserver la biodiversité des espèces méditerranéennes menacées par le changement climatique.

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Hectares gérés par l’ONF

40%

Du bois français mis sur le marché

37

Essences récoltées pour la biodiversité

1/2

Français visite la forêt chaque mois

Portrait #1
Alexandre Butin

Je me suis orienté vers les études forestières ce qui m’a permis de faire des stages et des alternances et de découvrir beaucoup d’activités différentes. Suite à mon BTS, j’ai travaillé un peu dans le privé avant de rentrer à l’ONF. J’ai pris mon premier poste juste après les tempêtes de 1999 (Lothar et Martin) dans un contexte difficile avec la gestion des exploitations et les intérims de triages. J’ai eu la chance ensuite d’avoir un parcours riche sur deux massifs très différents ; celui du Jura et celui de Fontainebleau. J’ai occupé différentes fonctions : technicien forestier, chef de projet, responsable de systèmes d’information géographique, chiroptérologue et je suis responsable adjoint d’unité territoriale (RUT) depuis 2021. J’aime beaucoup ce métier de responsable car c’est un de postes de cadre où il y a le plus de terrain, ce qui est important pour moi. Je suis très attaché à l’ONF car les métiers sont passionnants. Chaque journée est différente et on travaille à la fois avec la nature et avec l’humain.

« C’est une vocation, depuis tout petit, je voulais travailler dans la nature et la forêt »

Portrait #2
Noémie Pousse

En école d’ingénieur forestier, il y avait des cours de pédologie qui m’ont immédiatement attirée par le fait que le sol combine tout : la physique pour l’écoulement des eaux, la chimie par le nutriment, et la biologie par la flore et la faune. Après mon diplôme, j’ai donc réalisé un travail de thèse sur les sols à l’INRAE via la formation complémentaire par la recherche. Je suis chargée de recherche et développement en pédologie depuis 2012. Ce qui irrigue mon parcours est l’envie de faire du transfert de compétences entre le monde scientifique et le monde forestier, ce que me permet mon profil double chercheur/ingénieur. J’essaie de transférer un maximum de connaissances avec une interaction constante avec les gestionnaires au plus près du terrain. Car mon objectif est d’utiliser toutes les ressources de la science pour résoudre des problèmes du quotidien forestier. Et j’ai bien l’intention de faire ça très longtemps à l’ONF !

« Je suis passionnée et fascinée depuis toujours par la biologie »

L’ONF, un engagement public au service du vivant

Et si la forêt était bien plus qu'un décor ? Dans la vidéo ci-contre, l'ONF lève le voile sur un engagement de 60 ans, discret mais décisif, pour que nos forêts traversent le temps. Une vision, des hommes et des femmes, un défi immense. Trois minutes qui donnent à réfléchir.

Vidéo

La raison d'être de l'Office national des forêts (ONF)

(1) Triage : zone de la forêt dont est en charge un technicien forestier. Son étendue varie selon le type de forêt, sa géographie, sa géologie, sa biodiversité.

(2) Réserve biologique intégrale : espace forestier sanctuarisé où la forêt est laissée libre dans son évolution. Elle sert notamment d’observatoire des dynamiques naturelles de l’ensemble de la flore et de la faune sur la durée.

(3) Martelage : consiste à désigner, au marteau ou à la peinture, les arbres à récolter. Permet de laisser d’autres arbres poursuivre leur croissance en leur donnant plus de place pour se développer tout en valorisant le bois.